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Journal internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes: interview à Marie-Jeanne Balagizi

En occasion de la Journée internationale pour lélimination de la violence à l’égard des femmes, Focus on Africa a choisi de faire une interview à la congolaise MarieJeanne Balagizi, nait en 1979 à Bukavu, coordinatinatrice du Réseau des Femmes d’Afrique Francophone pour les Objectifs de Développement Durable.

Madame Balagazi, le Congo est un Pays où les femmes ontbeaucoup souffert : pouvez-vous nous parler des événements des derniers trente ans ?

La situation d’insecurité liée aux conflits armé s’est agravéencore une fois au cours des ces derniers mois ; alors que le pays se preparé aux elections le 20 décembre de cette année, nous contons déjà presque 13 millions de congolais morts au cours de ces 27 années de guerres, ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui ont été arrachés à cette terre de façon barbare, avec presque 6,9 millions de personnes deplacées. A l’interieur du pays la situation sanitaire et humanitaire ne fait que s’empirer, comme on peut le constater dans les camps de deplacés insalubres et surpeuplés à Goma.

L’est du Congo reste la proie de centaines de groupes armés qui contrôlent le territoire et surtout les zones minières. Ils attaquent les villages, tuent de façon barbare même avec des armes blanches, violent les filles et les femmes, sèment la terreur et font fuir les populations. Signalons que les conflits armes touchent differement les femmes que les hommes :durant les conflits ce sont les femmes qui paient le lourd prix de la guerre. Si en Somalie et au Nigeria les corps des jeunes filles ont souvent eté utilisées comme arme de geurre par les terroristes les utilisants comme kamikaze, au Congo le corps de la femme a été et est encore utilisé dans les conflits armés comme champ de battaille, par l’usage du viol et des violences sexuelles comme arme de guerre pour detruire et aneantir la société. Plusieurs femmes ont perdu la vie suite aux violences sexuelles, plusieurs ont contracté le VIH avec le viol, beaucoup encore ont été mutilées ; des femmes dans certains cas ont été enterrées vivantes, d’autres ont été portées disparues et d’autres encore aujourd’hui vivent dans l’exclavage sexuel entre les mains des différents groupes armés qui occupent le territoire congolais. Les femmes et les filles congolaises ont souffert et continuent à souffrir aujourd’hui à cause de guerres interminables. En général, la situation des femmes congolaises est très préoccupante, à cause de la pauvreté généralisée qui sévit dans le pays, le faible taux de scolarisation des femmes et des filles , des mariages précoces, etc. Les femmes souffrent à cause de la mauvaise gestion du pays depuis des decennies et à cause de cultures qui ne permettent pas l’émancipation des femmes. La loi déclare l’égalité des sexes, mais dans la pratique les femmes ne sont pas tres représentées dans les postes de responsabilité et de prise de décision ; un très grand nombre de femmes n’a pas un emploi décent, ce qui fait que la pauvreté est très féminine. La persistence des conflits et surtout des violences faites aux femmes et aux filles en République démocratique du Congo est due à l’incapacité de l’Etat congolais à faire respecter l’Etat de droit à l’est du pays. Il existe dans cette partie du pays des zones de vide juridique et des circuits économiques d’exportation de matières premières telles que l’or, le coltan, le diamant, etc., dont le pays est très riche, et qui échappent au contrôle du gouvernement central. Ainsi, des groupes armés, aujourd’hui environ 120, profitent de ce vide, s’imposent dans ces espaces et sur la population qu’ils taxent, brutalisent, tuent, massacrent et violent. Profitant de la vente illégale de minerais dans les pays voisins et collaborant avec certaines multinationales qui opèrent dans des circuits économiques illégaux, ces groupes armés parviennent à se procurer des armes et des munitions pour leur survie. Pour obtenir des revenus, ces groupes armés ont développé des complicités avec les autorités locales ou certains agents de l’Etat central. Dans ce chaos, il arrive que les soldats congolais soient démotivés, parce qu’ils ne sont pas assez payés et le sont de manière trop irrégulière, ce qui n’est pas le cas des soldats étrangers déployés dans l’est du Congo. Cette situation d’insécurité profite à plusieurs acteurs, en premier lieu les groupes armés, mais aussi les réseaux économiques illégaux qui existent dans la région des Grands Lacs et au niveau international ; ils profitent de cette situation et n’ont aucun intérêt à changer les choses. Dans cet état de fait, c’est la population qui perd : la population est fatiguée de cette guerre et d’une situation d’insécurité qui perdure depuis plus de 27 ans. Aujourd’hui, les Congolais ont plus que jamais besoin de paix : le gouvernement congolais actuel, plusieurs mouvements de la société civile, notre Prix Nobel de la Paix, le Dr. Mukwege, ainsi que plusieurs réseaux de femmes congolaises et africaines, à travers le monde et principalmente le Réseau des Femmes d’Afrique Francophone pour les Objectifs de Développement Durable (RFAF/ODD) que je représente en Europe, demandent à la communauté internationale d’intervenir pour la paix au Congo. Avec 13 millions de morts, le génocide se déroule dans l’est du Congo sous le silence de la communauté internationale. Ce silence est une complicité avec les atrocités et les crimes commis au Congo. Si, malgré la présence de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo), les tueries, les massacres de populations, les viols et les violences sexuelles se sont multipliés, nous devons nous demander aujourd’hui,après plus de 21 ans de presence au Congo, si l’ONU a vraiment atteint son objectif de maintien de la paix au Congo et si non, nous devons nous demander pourquoi cette mission n’a pas réussi à maintenir la paix, pourquoi dans certains territoires il y a eu des massacres non loin des bases de la Monusco où parfois des hommes, des femmes et des enfants ont été brûlés vifs ou tués à la machette sans l’aide de la Monusco ou de l’armée congolaise. Si nous constatons l’échec de la Monusco d’un coté, nous constatons aussi de l’autre cotél’echec des différents gouvernements congolais, qui se sont succédés depuis le début des hostilités jusqu’aujourd’hui et qui n’ont jamais fait de la question de la sécurité dans l’est du Congo une de leurs priorités ; les mesures militaires récemment adoptées par le gouvernement actuel ne suffisent pas à relever le défi, prouvant que malgré l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri, les massacres et l’exploitation illégale des minerais se poursuivent. L’Etat congolais doit s’attaquer aux causes profondes des conflits et en particulier à l’activisme des groupes armés, au recrutement des enfants, à l’exploitation illégale des minerais, aux viols et aux violences basées sur le genre, à la montée du tribalisme et à l’incitation à la haine ; l’Etat congolais doit mettre en œuvre un programme de désarmement, de démobilisation, de redressement et de stabilisation des communautés. Dans un Etat où de graves violations des droits de l’homme ont été commises, un tribunal est nécessaire pour punir les auteurs et rendre justice aux victimes, aux millions de personnes tuées, aux femmes violées et à toutes les autres victimes de la guerre. Nous demandons à l’ONU de mettre en œuvre le rapport du projet de cartographie qui a permis de dresser un inventaire des violations flagrantes des droits de l’homme, des lieux où elles ont été commises et de leurs auteurs entre 1993 et 2003. Ce rapport est resté dans les archives de l’ONU. Pour dissuader les auteurs actuels, il faut punir tous ceux qui ont souillé leurs mains du sang de millions de Congolais. Nous avons besoin d’une justice non politisée, mais d’une justice libre et indépendante qui punisse les véritables auteurs des crimes : ils sont connus et ilspoursuivent leurs activités jusqu’à ce jour. Le Congo a besoin de paix, le Congo a besoin de justice, les Congolais ont surtout besoin que la communauté internationale soutienne cette lutte pour que les intérêts économiques et égoïstes ne prennent pas le dessus sur les droits de l’homme.

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